Tribune · Pouvoir d’achat

Carburant : leur seule politique, c’est de nous faire payer

La flambée des carburants étrangle les travailleurs et les territoires pendant que le pouvoir refuse toujours d’utiliser le levier fiscal.

Pouvoir d’achat

La flambée des carburants étrangle les travailleurs, les familles et les territoires ruraux. Pourtant, le pouvoir refuse toujours d’utiliser le levier fiscal. En France, à chaque crise, les mêmes paient et les mêmes donnent des leçons.

Caricature d’un automobiliste français vidant son portefeuille à la pompe sous le regard satisfait d’Emmanuel Macron
Pendant que les Français vident leur portefeuille à la pompe, le pouvoir refuse toujours d’actionner le levier fiscal.

Les Français n’en peuvent plus. Ils ne demandent pas la charité. Ils ne réclament pas un nouveau chèque distribué selon des critères incompréhensibles, après avoir rempli trois formulaires et fourni quinze justificatifs. Ils demandent simplement de pouvoir travailler, se déplacer et vivre sans être étranglés à chaque passage à la pompe.

Au 14 septembre 2026, le gazole atteignait en moyenne 2,31 euros le litre et le SP95-E10 2,14 euros. Sur un litre d’essence vendu 2,11 euros quelques jours auparavant, environ 1,04 euro correspondait à l’accise et à la TVA. Autrement dit, près de la moitié du prix payé revenait aux pouvoirs publics. Source : Capital, 15 septembre 2026.

Un plein de 50 litres, c’est donc plus de 100 euros. Pour certains responsables politiques, cette somme ne représente peut-être qu’une ligne sur une note de frais. Pour une infirmière, un artisan, un salarié en horaires décalés, une aide à domicile ou une famille vivant loin d’une grande ville, c’est une dépense qui oblige à choisir entre se déplacer, se chauffer ou remplir le réfrigérateur.

Gabriel Attal, ou l’art de faire la leçon à ceux qui paient

Que répond Gabriel Attal à cette situation ? Qu’il n’est pas favorable à une baisse générale des taxes sur les carburants. Le 11 septembre, à Metz, il expliquait même que ceux qui la promettent ne la mettraient pas en œuvre une fois au pouvoir. Sa solution demeure celle des aides « ciblées », réservées à certains Français travaillant et contraints d’utiliser leur véhicule. Source : Capital.

Nous connaissons cette méthode. Elle consiste à prélever sur tout le monde, puis à rendre une petite partie de l’argent à quelques-uns, en présentant cette restitution comme un geste de générosité.

Qui décide de celui qui mérite d’être aidé ? Qui décide qu’un salarié roulant 35 kilomètres chaque jour souffre assez, mais que celui qui en parcourt 25 peut encore payer ? Qui pense aux retraités modestes, aux parents séparés, aux habitants des campagnes et des périphéries, aux petites entreprises ou aux travailleurs indépendants ?

Toujours les mêmes « sachants ». Toujours cette élite qui explique aux Français comment ils doivent vivre, se déplacer et consommer. Eux savent. Nous, nous devrions nous taire, remplir le réservoir et payer.

Gabriel Attal prétend vouloir « préparer l’avenir ». Mais il ne prépare pas une rupture. Il prépare sa succession. Il voudrait apparaître comme l’homme neuf d’un système dont il fut ministre, porte-parole puis Premier ministre. Édouard Philippe suit la même trajectoire : se présenter comme une alternative tout en étant l’un des principaux héritiers du macronisme.

Ils veulent tourner la page sans assumer qu’ils l’ont écrite.

« Ce n’est pas nous, c’est la guerre »

À chaque crise, le même refrain revient : ce n’est pas la faute du gouvernement. C’est la guerre, le cours du pétrole, les marchés, l’Europe, les Américains, les producteurs ou la situation internationale.

Personne ne prétend qu’Emmanuel Macron a déclenché les guerres. Mais le rôle d’un président n’est pas de commenter les événements comme un éditorialiste impuissant. Son rôle est de protéger les Français de leurs conséquences.

Le prix du pétrole ne dépend pas de l’Élysée. Le montant des taxes françaises et l’utilisation des recettes publiques relèvent en revanche de décisions politiques. La TVA augmente mécaniquement avec le prix hors taxes : lorsque celui-ci monte de dix centimes, les prélèvements de TVA progressent d’environ deux centimes par litre.

Le gouvernement peut discuter du montant, de la durée et des modalités d’une baisse fiscale. Il peut redéployer des dépenses. Il peut taxer des profits exceptionnels ou encadrer certaines marges. Il peut choisir une aide ciblée ou une mesure universelle. Mais il ne peut pas prétendre qu’il ne possède aucun levier.

Dire « nous ne voulons pas baisser les taxes » est un choix. Et ce choix signifie très concrètement : continuez à payer.

Chez nos voisins, agir reste possible

D’autres pays européens affrontent pourtant les mêmes tensions internationales.

Le gouvernement allemand prévoit une baisse temporaire de 17 centimes par litre sur l’essence et le gazole à compter du 1er octobre. La mesure coûterait environ 2,5 milliards d’euros aux finances publiques, tandis qu’une taxation des profits exceptionnels du secteur énergétique est étudiée pour en récupérer une partie. Source : Reuters, 21 septembre 2026.

La République tchèque a décidé de rétablir le plafonnement des marges des distributeurs, de ramener temporairement la taxe sur le gazole au minimum européen et de préparer une contribution exceptionnelle sur les marges des raffineries. Source : Reuters, 21 septembre 2026.

On peut discuter de chacune de ces mesures. Elles ont un coût et ne régleront pas à elles seules notre dépendance au pétrole. Mais ces gouvernements agissent. Ils utilisent les instruments dont ils disposent.

En France, on nous explique surtout pourquoi rien n’est possible.

Presque dix ans de macronisme, et quel résultat ?

Depuis 2017, Emmanuel Macron et ses gouvernements ont disposé du pouvoir. Édouard Philippe a été Premier ministre pendant trois ans. Gabriel Attal a occupé plusieurs postes essentiels avant d’arriver à Matignon. Ils ne sont ni des observateurs ni des nouveaux venus. Ils sont comptables du bilan.

Or, après presque dix ans de macronisme, la France apparaît surendettée, fiscalement épuisée, industriellement fragilisée et diplomatiquement marginalisée. Nous prétendons parler au monde, mais nous peinons à peser sur les événements. Nous promettons une souveraineté économique, mais nous dépendons toujours de décisions prises ailleurs. Nous multiplions les discours militaires, mais nos moyens restent contraints. Nous voulons donner des leçons à l’Europe entière alors que nous ne maîtrisons plus nos propres comptes.

Voilà la vérité derrière la communication permanente : un pouvoir fort avec les faibles, mais faible face aux réalités.

Et ceux qui ont participé à cette décennie voudraient aujourd’hui se présenter comme ses héritiers raisonnables. Ils demandent encore du temps, encore des efforts et encore des sacrifices — toujours consentis par les mêmes.

Les Français ont déjà serré la ceinture

Depuis des mois, les ménages absorbent les hausses : carburant, alimentation, énergie, assurances, loyers, mutuelles et services du quotidien. Chaque augmentation prise isolément paraît peut-être supportable depuis un bureau parisien. Leur accumulation devient insoutenable dans la vraie vie.

Le carburant est devenu le symbole d’un pouvoir qui ne comprend plus le pays. Parce que, hors des métropoles, la voiture n’est pas un luxe. Elle est souvent la condition pour travailler, accompagner ses enfants, consulter un médecin ou aider ses parents.

C’est précisément cette déconnexion qui avait fait naître les Gilets jaunes. Huit ans plus tard, les mêmes causes produisent la même colère : une fiscalité ressentie comme injuste, un pouvoir vertical et des dirigeants convaincus de savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour lui.

Nous ne demandons pas au gouvernement de commander le prix mondial du pétrole. Nous lui demandons de prendre ses responsabilités.

Baisser temporairement l’accise, neutraliser la hausse de TVA, contrôler les marges, taxer les profits exceptionnels, réduire les dépenses inutiles et concentrer l’État sur ses missions essentielles : les possibilités existent.

Ce qui manque n’est pas une solution technique.

Ce qui manque, c’est la volonté de faire passer les Français avant la conservation du système.

Car derrière chaque litre à plus de deux euros, il y a un salarié qui se lève tôt. Une mère qui calcule ses déplacements. Un artisan qui voit disparaître sa marge. Une famille qui renonce à autre chose.

Et face à eux, une classe politique qui continue de répéter : ce n’est pas notre faute, ce n’est pas possible, continuez à payer.

Les Français ont assez payé. Ils ont surtout assez entendu de leçons de la part de ceux qui refusent obstinément d’en tirer une seule.