Tribune · Pouvoir d’achat

Carburants : le plein ne doit pas devenir l’impôt sur l’échec budgétaire

Une prise de position de Jallal Chouaoui sur la hausse des prix à la pompe et la responsabilité budgétaire de l’État.

Pouvoir d’achat

Face à la hausse des prix et aux difficultés d’approvisionnement, le gouvernement refuse d’actionner le levier fiscal. Ce choix fait une nouvelle fois peser l’addition sur les travailleurs et les territoires.

Illustration satirique d’une pompe à carburant aspirant l’argent d’un automobiliste vers les caisses de l’État
À la pompe, les automobilistes ne doivent pas devenir la variable d’ajustement des comptes publics. Illustration éditoriale.

La hausse des prix des carburants frappe une nouvelle fois les Français. À cette flambée s’ajoutent désormais des difficultés d’approvisionnement : l’article d’Ouest-France fait état d’environ un millier de stations touchées par une rupture totale ou partielle.

Face à cette situation, le gouvernement refuse pourtant d’utiliser le levier fiscal. Sa porte-parole l’a reconnu clairement : une baisse générale des taxes sur les carburants « n’est pas le choix » de l’exécutif, qui préfère évoquer des aides ciblées. Or la fiscalité représente approximativement la moitié du prix payé à la pompe. Prétendre que l’État ne peut rien faire est donc faux : il choisit de ne pas agir.

Dans l’Oise comme dans tous les territoires ruraux et périurbains, la voiture n’est pas un luxe. Elle permet d’aller travailler, de conduire ses enfants à l’école, de consulter un médecin ou de faire ses courses. Les habitants ne prennent pas leur véhicule par confort idéologique, mais parce qu’ils n’ont souvent aucune solution de remplacement crédible.

Chaque hausse à la pompe devient alors une ponction supplémentaire sur le salaire des travailleurs, le revenu des indépendants et le budget des familles. Ceux qui vivent loin des grandes métropoles paient davantage, alors même qu’ils disposent de moins de transports collectifs.

Les Français ne doivent pas payer l’échec de l’État

Le refus de réduire les taxes ne relève pas seulement d’un choix écologique. Il répond également à une réalité budgétaire : l’État a besoin de préserver ses recettes parce qu’il ne parvient plus à maîtriser ses propres comptes.

À la fin du premier trimestre 2026, la dette publique française atteignait 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du produit intérieur brut. Elle avait encore augmenté de 75,6 milliards d’euros en seulement trois mois, selon l’Insee.

Après près de dix années de macronisme, la dette s’est creusée, les déficits persistent et les dépenses restent insuffisamment maîtrisées. Pourtant, lorsque la facture arrive, ce sont toujours les mêmes que l’on sollicite : les automobilistes, les classes moyennes, les artisans, les commerçants et les habitants des territoires.

Le pouvoir d’achat par unité de consommation a encore reculé de 0,6 % au deuxième trimestre 2026, d’après l’Insee. Dans ce contexte, refuser tout geste fiscal sur les carburants revient à demander aux Français de combler à la pompe les trous creusés par l’État.

Le gouvernement ne peut pas exiger sans cesse de nouveaux efforts de la population tout en refusant de remettre en cause son propre train de vie.

Agir immédiatement et durablement

Une réponse responsable doit reposer sur quatre mesures.

  1. Diminuer temporairement les taxes lorsque les prix dépassent un seuil critique, avec un contrôle garantissant que la baisse bénéficie intégralement aux consommateurs.
  2. Créer une fiscalité flottante : lorsque le prix du pétrole augmente fortement, la taxation diminue pour amortir le choc subi par les ménages et les entreprises.
  3. Renforcer l’aide aux travailleurs captifs de la voiture, notamment dans les territoires ruraux et périurbains.
  4. Réformer réellement la dépense publique : chaque euro doit être justifié, évalué et orienté vers les missions essentielles.

Il ne s’agit pas de nier l’urgence écologique. Mais la transition ne peut pas être menée contre ceux qui n’ont pas d’alternative. Punir financièrement les automobilistes captifs ne réduit pas leur besoin de se déplacer : cela réduit simplement leur pouvoir d’achat.

Les Français n’attendent ni communication ni excuses. Ils attendent des décisions. Le plein de carburant ne doit pas devenir l’impôt permanent sur l’inaction et l’échec budgétaire du gouvernement.