Logement social, représentation des communes et responsabilités des élus. Derrière la controverse, des décisions qui concernent directement des milliers d’habitants.

Depuis quelques jours, une polémique agite les instances d’Oise Habitat. Après le maire de Creil, Omar Yaqoob, c’est au tour de Badia Zrari, maire de Nogent-sur-Oise, de dénoncer une mise à l’écart de sa commune et de ses élus.
À première vue, l’affaire pourrait ressembler à une nouvelle querelle de responsabilités entre élus locaux. Elle est pourtant bien plus importante qu’il n’y paraît. Car derrière ces désaccords se pose une question essentielle pour notre territoire.
Quelle place le bassin creillois occupe-t-il désormais dans les décisions d’un bailleur social historiquement ancré dans notre agglomération ?
Pour les habitants de Nogent-sur-Oise, de Creil, de Montataire et des communes voisines, cette interrogation mérite une explication dépassant les rivalités politiques.
Un organisme profondément ancré dans notre territoire
Oise Habitat est l’un des principaux bailleurs sociaux du département. Il intervient dans de nombreuses communes et accompagne le quotidien de milliers de familles.
Communication de septembre 2026
Communication de septembre 2026
Membres du syndicat mixte
Oise Habitat annonce près de 14 000 logements dans sa communication de septembre 2026. Sa page d’activité recense précisément 13 305 logements locatifs pour 2024.
Au-delà de ces chiffres, il faut mesurer le rôle de cet organisme. Oise Habitat participe à l’aménagement de nos quartiers, à la construction de logements, à la rénovation du patrimoine existant et à l’entretien des résidences. Ses orientations engagent durablement les territoires et leurs habitants.
Autrement dit, les décisions prises dans ses instances ont une incidence directe sur les conditions de vie de nombreux Nogentais.
Une répartition des logements qui pose question
Le bassin creillois concentre historiquement une part considérable du patrimoine d’Oise Habitat. Selon le communiqué officiel publié le 15 septembre, un peu plus de 30 % du patrimoine de l’organisme se situe hors de l’Agglomération Creil Sud Oise.
Le poids de l’ACSO dans Oise Habitat
Proportions approximatives, établies à partir de la communication d’Oise Habitat du 15 septembre 2026. Le premier pourcentage est déduit du second. Le graphique est schématique et ne constitue pas un décompte communal détaillé.
Lors de l’élection de la nouvelle présidence, le maire de Creil a avancé un autre chiffre. Selon lui, Chantilly accueillerait moins de 1 % du parc immobilier d’Oise Habitat, contre plus de 80 % dans le bassin creillois. Ces chiffres sont rapportés par Évasion FM dans son article du 17 septembre.
| Référence | Part annoncée | Précaution de lecture |
|---|---|---|
| ACSO Oise Habitat | Un peu moins de 70 % | Déduit des plus de 30 % situés hors ACSO. |
| Bassin creillois Déclaration du maire de Creil | Plus de 80 % | Périmètre non détaillé dans l’article d’Évasion FM. |
| Chantilly Même déclaration | Moins de 1 % | Chiffre avancé par Omar Yaqoob, pas un décompte communal vérifié ici. |
Ces deux présentations ne permettent pas une comparaison directe tant que leurs périmètres et leurs bases de calcul ne sont pas explicités. Elles font néanmoins apparaître une question politique légitime.
Les territoires qui concentrent les logements, les besoins sociaux et les principaux enjeux de rénovation doivent-ils bénéficier d’une représentation particulière dans la gouvernance de l’organisme ?
À l’inverse, Oise Habitat intervient également au-delà de notre agglomération. Il serait donc difficilement défendable d’écarter les autres communes des décisions. Tout l’enjeu consiste à trouver un équilibre entre la représentation de chaque territoire et le poids réel des besoins auxquels le bailleur doit répondre.
Septembre 2026, une nouvelle répartition des responsabilités
Le 15 septembre dernier, le conseil d’administration d’Oise Habitat a désigné Bénédicte de Cacqueray, maire de Chantilly, à sa présidence. Elle l’a emporté face au maire de Creil, Omar Yaqoob, à l’issue d’un scrutin en deux tours. Badia Zrari, maire de Nogent-sur-Oise, a quant à elle été désignée vice-présidente de l’organisme.
| Élu | Commune | Responsabilité |
|---|---|---|
| Bénédicte de Cacqueray | Chantilly | Présidente |
| Badia Zrari | Nogent-sur-Oise | Vice-présidente |
| Omar Yaqoob | Creil | Candidat non élu à la présidence |
Cette nouvelle organisation s’inscrit dans le renouvellement des instances consécutif aux élections municipales et communautaires de 2026. La nouvelle présidente défend une gouvernance prenant en compte l’ensemble des intercommunalités membres. Les élus contestataires, de leur côté, s’inquiètent de la représentation des communes les plus directement concernées par les activités du bailleur.
Le désaccord ne porte donc pas simplement sur le nom de la personne qui préside l’organisme. Il concerne la répartition de l’influence au sein de ses instances.
Nogent-sur-Oise est-elle réellement écartée ?
La déclaration de Badia Zrari mérite une attention particulière. En dénonçant une mise à l’écart de Nogent-sur-Oise, la maire soulève une interrogation légitime sur la place de notre commune dans les nouvelles instances.
Pour autant, elle exerce elle-même deux responsabilités institutionnelles significatives. Elle est première vice-présidente de l’Agglomération Creil Sud Oise et vice-présidente d’Oise Habitat.
Ce constat mérite d’être rappelé, sans polémique inutile. La détention d’un titre ne garantit pas nécessairement une capacité d’influence équivalente dans toutes les décisions. Mais il serait également inexact de présenter Nogent-sur-Oise comme totalement absente de la gouvernance.
La question doit donc être posée différemment. Quels pouvoirs, quelles représentations dans les commissions et quelles possibilités d’intervention notre commune aurait-elle effectivement perdus ?
Il appartient aux élus concernés de préciser les modifications intervenues et leurs conséquences éventuelles pour les habitants.
Car la représentation politique ne se mesure pas seulement au nombre de fonctions obtenues. Elle s’apprécie aussi à la capacité de défendre un territoire, de participer aux arbitrages et d’obtenir des résultats.
Le bassin creillois face à une recomposition politique
Ce qui se déroule aujourd’hui à Oise Habitat est également révélateur des nouveaux équilibres apparus après les élections municipales de mars 2026.
Pendant des années, le bassin creillois a exercé une influence importante sur la gouvernance du bailleur. L’ancien maire de Creil, Jean-Claude Villemain, en assurait notamment la présidence. Le renouvellement des exécutifs municipaux et communautaires a ouvert une nouvelle séquence politique.
Avec l’élection de la maire de Chantilly, la présidence change de territoire. Cette évolution ne signifie pas nécessairement que les intérêts du bassin creillois seront moins bien défendus. Elle marque néanmoins une modification de l’équilibre institutionnel antérieur.
La nouvelle présidence affirme vouloir garantir une représentation équitable des différentes intercommunalités. C’est un objectif compréhensible pour un organisme qui intervient dans une grande partie du département.
Mais l’équité territoriale ne doit pas se résumer à une distribution équilibrée des sièges. Elle doit également tenir compte de la réalité des besoins, des contraintes locales et des investissements nécessaires.
| Poids du patrimoine | Équilibre territorial |
|---|---|
| Accorder davantage d’influence aux territoires concentrant le plus de logements et de besoins. | Garantir une représentation des différentes intercommunalités, quelle que soit leur part du patrimoine. |
Ces deux logiques ne sont pas incompatibles. Le défi consiste à les faire coexister dans des décisions transparentes et justifiées.
Au-delà des appartenances politiques, cette situation interroge également la capacité des élus du bassin creillois à construire des positions communes sur les dossiers qui dépassent les frontières municipales. Une agglomération ne peut fonctionner durablement si chaque commune défend isolément ses responsabilités institutionnelles, sans parvenir à définir une stratégie collective.
Et pendant ce temps, les préoccupations des locataires demeurent
C’est probablement le point le plus important de cette affaire. Les habitants de Nogent-sur-Oise ne jugeront pas Oise Habitat uniquement à travers la composition de son conseil d’administration. Ce qu’ils attendent est beaucoup plus concret.
Des logements entretenus
Entretien des parties communes, interventions techniques et suivi des réclamations.
Des rénovations efficaces
Isolation, chauffage et maîtrise des dépenses énergétiques.
Des charges maîtrisées
Transparence des dépenses et vigilance sur leur évolution.
Des décisions transparentes
Information des locataires et explication des choix d’investissement.
À cet égard, la nouvelle gouvernance devra être jugée sur ses actes, tout comme les élus qui la contestent devront être capables d’expliquer ce que leurs demandes changeraient concrètement.
Quels investissements seront consacrés à Nogent-sur-Oise dans les prochaines années ? Les programmes de réhabilitation seront-ils poursuivis ? Comment seront établies les priorités entre les communes ?
Ces questions sont bien plus déterminantes pour nos concitoyens que les équilibres personnels entre responsables politiques.
Le logement social mérite davantage qu’une bataille de responsabilités
La controverse actuelle ne doit être ni minimisée ni dramatisée.
Il est parfaitement légitime que des maires s’inquiètent de la représentation de leur commune au sein d’un organisme aussi important qu’Oise Habitat. Il est tout aussi légitime qu’une nouvelle gouvernance cherche à représenter l’ensemble des territoires sur lesquels elle intervient.
Mais les responsabilités publiques impliquent une exigence de clarté.
À ceux qui dénoncent une mise à l’écart, il revient d’en démontrer les conséquences. À ceux qui dirigent désormais Oise Habitat, il appartient de prouver que les besoins de notre agglomération continueront d’être pleinement pris en compte.
Pour Nogent-sur-Oise comme pour l’ensemble du bassin creillois, l’enjeu dépasse la question des personnes. Il concerne l’avenir de notre patrimoine social, la qualité de vie des habitants et la capacité de nos collectivités à agir ensemble.
La politique du logement social ne peut se résumer à une question de présidence, de vice-présidence ou de sièges dans les commissions.
L’essentiel n’est pas de savoir qui occupe le fauteuil, mais ce qui sera décidé pour les habitants.
Sources documentaires
- Oise Habitat — Notre activité, chiffres 2024.
- Oise Habitat — Bénédicte de Cacqueray élue à la présidence, 15 septembre 2026, mis à jour le 16 septembre.
- Oise Habitat — Installation du conseil d’administration du 15 septembre 2026, annonce de la présidence et de la vice-présidence.
- Évasion FM — La maire de Chantilly rafle la présidence de Oise Habitat, 17 septembre 2026.
- Actu Locale 365 — Titre et extrait de l’article d’Oise Hebdo sur les déclarations de Badia Zrari, 13 octobre 2026. Cette référence permet de consulter l’extrait public et son lien vers l’article original.
Les données officielles sont distinguées des chiffres avancés par les élus. L’analyse des déclarations de Badia Zrari s’appuie sur le titre et l’extrait publics de l’article d’Oise Hebdo, et ne prétend pas restituer ses déclarations complètes.