Tribune · 11 octobre 2026

Olivier Faure vient de livrer les clés du Parti socialiste

Le Parti socialiste avait déjà perdu une grande partie de ses électeurs. Avec cette primaire remportée par Raphaël Glucksmann, il abandonne désormais la maîtrise de sa candidature présidentielle. Une formation qui a gouverné la France se range derrière le dirigeant de Place publique. Voilà le résultat de la stratégie d’Olivier Faure.

Illustration éditoriale symbolisant la remise des clés du Parti socialiste à un nouveau bloc central
Illustration éditoriale — La recomposition du Parti socialiste

On nous présentera cela comme un rassemblement. J’y vois une capitulation politique.

La réaction de Jérôme Guedj résume assez bien la situation. Dans son intervention télévisée, il ne m’a pas semblé particulièrement déçu d’avoir perdu. Quelques instants après, il était déjà devant les micros pour féliciter Glucksmann et rappeler leurs convergences, notamment le refus d’une alliance avec La France insoumise. La compétition venait de se terminer. Leur proximité politique, elle, apparaissait au grand jour.

Au moins, le clivage est défini. Comment prétendre rassembler la gauche lorsque l’un des premiers points d’accord consiste à en exclure une partie ? Comment promettre une victoire commune tout en annonçant ceux avec lesquels on ne fera aucune alliance ?

On peut contester les positions de LFI, débattre de son programme et critiquer sa stratégie. Mais faire de son rejet le ciment d’un rassemblement révèle une autre ambition politique.

Pour moi, Raphaël Glucksmann incarne désormais le centre, un nouveau bloc central qui veut prendre la relève du macronisme. Le Parti socialiste lui apporte son appareil, ses élus et son histoire. Olivier Faure prétendait construire l’union de la gauche. Il accompagne aujourd’hui une recomposition qui l’éloigne de cette perspective.

Sa responsabilité est majeure. Il ne peut pas se présenter comme le spectateur impuissant d’une évolution qu’il a contribué à rendre possible. Il dirige ce parti. Il doit répondre de ses choix, de ses concessions et de leur résultat.

À force de vouloir ménager des lignes incompatibles, il a laissé d’autres imposer la leur. À force de parler d’unité sans en défendre les conditions, il a accompagné la rupture. Le voilà désormais engagé derrière une candidature qui fait du refus d’alliance avec LFI un marqueur politique.

La gauche doit se construire avec La France insoumise, la REV — Révolution écologique pour le vivant —, les Écologistes, le Parti communiste, L’Après, le Parti de gauche, et toutes celles et tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce nouveau bloc central incarné par Raphaël Glucksmann. Cette liste n’est pas exhaustive. La gauche ne se résume pas aux appareils des partis.

Ces organisations, ces militants et ces citoyens ont des désaccords. Ils doivent les discuter et trouver les moyens d’agir ensemble. Exiger l’effacement d’une composante de la gauche avant toute discussion condamne d’avance le rassemblement que l’on prétend défendre.

Les électeurs attendent des réponses sur les salaires, le logement, les services publics et les conditions de travail. Ils n’ont pas besoin d’une campagne présidentielle consacrée aux comptes à régler entre dirigeants.

Olivier Faure doit maintenant assumer son bilan. Quand un premier secrétaire laisse son parti devenir l’instrument d’une autre formation, la question de son maintien à sa tête se pose directement.

Place publique n’a pas rejoint le Parti socialiste. C’est le Parti socialiste qui vient de devenir l’annexe de Place publique.

Source

LCP — Primaire socialiste, vainqueur dès le 1er tour, Raphaël Glucksmann sera le candidat de la gauche sociale-démocrate à la présidentielle, 11 octobre 2026.